[Extraits relevés par  Maria Luiza Glycerio du GROUPE ZOOLOGIQUE HUMAIN, Éditions Albin Michel. Paris (1956), pp. 55-150.]
 
 

  On présente ces extraits afin de donner aux lecteurs le courage de lire les oeuvres
                           complètes de Teilhard de Chardin et en complément de l'article :

«LA NOOGÉNÈSE PROGRESSE-T-ELLE ?»

de Maria Luiza Glycerio et Janice B. Paulsen

CITATIONS

Teilhard de Chardin - Le Groupe Zoologique HUMAIN :

Le Déploiement de la Biosphère

(Page 55)

Chapitre 3 - L'Arbre de la Vie.

Recherche de la Flèche : Complexification et Cérébralisation


(Pages 57-58)

"Par force, les généticiens se sont trouvés conduits à séparer, dans les corps des Métazoaires, le soma du germen, celui-ci assumant à lui seul la tâche principale des transmissions héréditaires. Pareillement, et peut-être à plus juste titre encore, nous voici amenés à y distinguer le soma du "phrên" * celui-là sans intérêt, et celui-ci décisif, quand il s'agit d'apprécier le degré de vitalisation des êtres. De ce point de vue, grandement corrigé et précisé, peu importe le nombre de molécules engagées dans le squelette ou la musculature d'un animal. Peu importe même (jusqu'à un certain point) le volume brut de son encéphale. Mais la seule chose finalement qui compte, dans la classification absolue ** des vivants supérieurs, c'est (en plus du nombre) la perfection, en structure et en agencement, de leurs neurones cérébraux.

*D'un mot grec, désignant l'organe (supposé) de la vie psychique (originairement et littéralement enveloppe du foie ou du coeur ).

**C'est-à-dire par ordre de "complexité".

...Paramètre, dira-t-on, bien indéchiffrable (ou du moins bien "inchiffrable") encore ! Mais extrêmement utile, dans la mesure où il s'exprime concrètement, nous le verrons, en certains caratères morphologiques précis, tels que l'enroulement, la concentration, et le développement sélectif de telle ou telle portion du cerveau.

...Voyons plutôt comment, par application de ce critère (graduellement précisé) de céphalisation ou cérébralisation, s'éclaircit, s'ordonne, et en fin de compte s'élance, d'un seul jet et suivant une seule tige principale, l'arborescence confuse, la foule des vivants."

(Pages 60 - 62)

"Reste donc, en définitive, la tige Chordates-Vertébrés. Par élimination, c'est elle (à supposer valable notre théorie générale de la Complexité et notre choix particulier du paramètre Cérébralisation), - c'est elle, dis-je, qui doit représenter le plus exactement l'axe ab de notre courbe de corpusculisation. - L'analyse plus poussée de la céphalisation à l'intérieur du groupe confirme-t-elle ce soupçon ? autrement dit, la branche Vertébrés offre-t-elle dans sa structure les caractères progressifs que nous pouvions légitimement attendre d'une ligne principale de self-enroulement de l'Univers ?

Un examen, même sommaire, des derniers résultats obtenus par la "cérébrologie" permet de répondre : Oui.

Essayons de le montrer, en quelques traits bien choisis.

a.Tout d'abord, à prendre en très gros et dans leur ensemble les pulsations successives dont la série constitue la classe des Vertébrés, il est hors de doute que des Poissons aux Amphibiens, puis des Amphibiens aux Reptiles, et plus distinctement encore des Reptiles aux Mammifères, on observe une progression bien définie de l'encéphale : progression non pas simplement globale et comme menée au hasard, - mais progression s'opérant systématiquement et sélectivement suivant certaines lignes hautement déterminées. (Figure 3.) Quelques étapes dans la cérébralisation des Vertébrés

(d'après Romer). A, Poisson dévonien. B, Reptile. C,

Chien. D, Homme.

___ lo, lobes olfactifs. h, hémisphères. cm, cerveau moyen. ép,

épiphyse. hp, hypophyse. cv, cervelet. mo, moëlle.

Observer l'enroulement graduel du cerveau sur lui-même,

corrélativement avec le développement des hémisphères cérébraux

(cf.fig.6).

Chez tous les Vertébrés, comme on sait, la structure du cerveau présente, dans le nombre et la position de ses éléments, un homogénéité remarquable (cf. fig. 3) : un cerveau antérieur (lobes olfactifs et hémisphères) ; un cerveau intermédiaire ( couches optiques, épiphyse, hypophyse) ; un cerveau moyen (tubercules bi- et quadri-jumeaux) ; un cerveau postérieur (cervelet) ; enfin le bulbe rachidien.

Eh bien ce que nous apprend (sans même le secours de la Paléontologie) l'Anatomie comparée des formes vivantes, c'est que, de groupe en groupe, à partir des Poissons, deux zones particulièrement significatives de l'encéphale tendent à prendre le dessus sur les autres, c'est-à-dire à concentrer sur elles les progrès de la céphalisation : d'une part le cervelet, - et d'autre part, surtout, les hémisphères cérébraux ; ceux-ci prenant chez les Reptiles plus avancés (Oiseaux), et bien plus encore chez les Mammiphères (au moins à partir de certains paliers, et suivant certains phyla), un développement rapide, révolutionnaire, envahissant : jusqu'à monopoliser en quelque façon la cavité endocranienne, et à recouvrir le cervelet.
 
 

La formation de la Noosphère

Chapitre 3 : Effets et Figures de Convergences

a) Accroissement de l'Énergie libre et intensification de la Recherche (Page 140)

b) Rebondissement de l'Évolution et Néo-cérébralisation

  1. L'Évolution qui repart (Page 144)
  2. Vers plus de cerveau (Page 148)
(Pages 149-150)

"De la sorte, à l'intérieur de la Noosphère en voie de compression, une nouvelle chaîne se dessinerait, particulièrement centrale et directe : la cérébralisation (effet supérieur et paramètre de l'enroulement cosmique) se refermant sur elle-même dans un processus de self-achèvement ; une auto-cérébralisation de l'Humanité devenant l'expression la plus concentrée du rebondissement réfléchi de l'Évolution.*

*Ici reparaît et s'accentue, jusqu'à devenir dominante, la distinction entre soma et phrên posée ci-dessus, Chap. II, p. 57 - Avec l'apparition sur Terre de la "Socialisation de compression" (où le facteur important n'est plus simplement la multiplication des individus, mais leur arrangement ultra-cérébralisant) s'établit en fait un nouveau régime d'évolution biologique, dans lequel les individus, tout en fonctionnant encore comme chaînons par leur germen (prolongement du phylétique dans l'Humain, sous forme de fibres héréditaires toujours reconnaissables, bien que de plus en plus enmêlées), s'affirment surtout, par leur phrên, comme éléments constitutifs du "cerveau noosphérique" (organe de la réflexion collective humaine).

Malgré leurs apparences un peu folles, ces vues, je prétends, n'ont rien d'invraisemblable. Mais elles se trouvent tout bonnement à l'échelle des dimensions que la Science rencontre chaque fois qu'elle s'attaque à un mouvement d'ampleur cosmique. Impossible de mieux s'en convaincre qu'en cherchant (comme une curiosité irrépressible nous y porte) à extrapoler vers l'avant, aussi loin que possible, le flux totalisant d'énergies psycho-techniques dont la marche convergente, j'espère l'avoir montré, se fait chaque jour plus reconnaissable dans la marche des choses autour de nous."


«LA NOOGÉNÈSE PROGRESSE-T-ELLE ?»

par Maria Luiza Glycerio et Janice B. Paulsen

mise en page de la version française, Richmond, VA, U.S.A.
dernière actualisation le 17 août 1999
© Maria Luiza Glycerio (Brésil) et Janice B. Paulsen  (États-Unis)