5b. L'indifférence
à l'amour*
(*L'Étranger
- édition Gallimard, 1957, pp 64-65)
Le soir, Marie est
venue me chercher et m'a demandé si je voulais me marier avec elle.
J'ai dit que cela m'était égal et
que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle voulait savoir alors
si je l'aimais. J'ai répondu comme je l'avais déjà
fait une fois, que cela ne signifiait rien mais
que sans doute je ne l'aimais pas. «Pourquoi m'épouser
alors ?» a-t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n'avait
aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous
marier. D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais
de dire oui. Elle a observé alors que le mariage était une
chose grave. J'ai répondu : «Non.» Elle s'est tue
un moment et elle m'a regardé en silence. Puis elle a parlé.
Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même
proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché
de la même façon. J'ai dit : «Naturellement.»
Elle s'est demandé alors si elle m'aimait et moi, je ne pouvais
rien savoir sur ce point. Après un autre moment de silence, elle
a murmuré que j'étais bizarre, qu'elle m'aimait sans doute
à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégouterais
pour les mêmes raisons. Comme je me taisais, n'auant rien
à ajouter, elle m'a pris le bras en souriant et elle a déclaré
qu'elle voulait se marier |
avec moi. J'ai répondu que nous le ferions dès
qu'elle voudrait.
m'était égal
n'avait pas d'importance pour moi
signifier
avoir un sens
épouser
se marier avec quelqu'un
tue
participe passé
féminine de (se) taire =
ne rien dire, garder
silence
dégouter
causer une sensation
désagréable
(d'après La France
en Direct 3, Hachette, Paris 1980, pp. 250-251) |